San Antonio Spurs : Tournés vers l'avenir

Nothing but win. La NBA est un business, un spectacle, un marché. C’est avant tout un sport. Le basket. Où la victoire et la performance priment sur tout le reste. Et parler de victoires, dans le Ligue Majeur Américaine, peut être résumé en quinze lettres. Spurs Basketball. Ou la culture de la gagne. Cinq championnats remportés. Six Finales NBA. Dix-sept apparitions en playoffs. Sur les dix-huit dernières années. Une régularité monstrueuse pour la franchise de Fort Alamo. Possible grâce à un Big Four de futurs Hall of Famers, et une communauté exemplaire. Coach Pop’. Tim Duncan. Tony Parker. Et Manu Ginobili. Quatre noms qui viendront bientôt s’écrire en lettres d’or sur le parvis du AT&T Center. Lorsque le temps aura battu les hommes. Au terme d’un combat âpre qui aura duré vingt ans. A l’orée d’une nouvelle ère dans le fin fond du Texas, une question se pose : comment préparer cette nouvelle ère ? Et quel avenir peut-on prédire aux San Antonio Spurs lorsque ce Big Four sera retraité ?

 

 

19 décembre dernier. Une région entière célèbre son icône, jeune retraité des parquets, Tim Duncan. Alors que les Spurs viennent de disposer sans trop de difficultés des modestes Pelicans (113-100), Fort Alamo se tait, et regarde avec nostalgie le maillot floqué du numéro 21 monter au plafond. Entre rires et larmes. Entre silence et applaudissements. L’hommage au premier membre du Big Four s’en étant allé est à l’image de l’homme. Sobre, efficace, sans fioritures. Tony, Manu et Pop’ y vont de leur petit discours, se tournant une dernière fois vers le passé. Eux qui avaient retrouvé leurs jambes de 20 ans quelques minutes plus tôt, avec une influence des deux guards internationaux sur le résultat du match face à New Orleans plus qu’importante. Alors qu’ils ont, paradoxalement, tendance à moins dominer les matchs depuis quelques années.

Car ici est la question. Même si le charisme et l’expérience du Big Three manqueront ( Parker, Ginobili, Duncan cumulent à eux trois 4117 matchs joués en carrière ), c’est bien dans le jeu que leur perte sera ( ou est pour Timmy ) la plus importante. On parle de trois joueurs qui cumulaient 57 points, 18 rebonds, et 14 passes lors de la saison 2008- 2009, leur meilleure saison statistique collective, et qui ont pris part à 23 All Stars Games ( dont 15 pour le seul Tim Duncan ).

Le départ des trois indestructibles laissera ( et laisse dejà ) un grand vide dans le roster pourtant talentueux de San Antonio. Un nouveau carré gagnant est en place. Mais, si Kawhi Leonard est déjà un candidat au titre de MVP, il n’est pas encore un leader dans l’âme. L’expérimenté Pau Gasol est toujours solide bien qu’il ne cumule plus ses statistiques passées. Danny Green est parfois trop irrégulier. Tandis LaMarcus Aldridge a tendance à trop s’écarter du cercle ( nous sommes un peu tatillon c’est vrai ). Sans compter que la retraite de T.D. s’ajoute aux départs cumulés de Boris Diaw ( à Utah ) et de Boban Marjanovic ( à Détroit ), qui laissent un relatif vide sous les panneaux ( San Antonio n’est que la 20ème équipe au rebond de la Ligue, avec 43 prises par match ).

Cependant, personne n’est inquiet dans le Texas. Les Spurs possèdent de très solides role players, comme le bondissant Jonathan Simmons, le couteau suisse Patty Mills, le géant Dewayne Demond, et les jeunes Kyle Anderson, Dejounte Murray, et David Bertans. Ils apportent un équilibre à l’équipe et compensent une lente perte d’influence des joueurs du Big Three. En effet, alors que San Antonio est ( encore une fois ) en haut du tableau à la mi-saison ( deuxième à l’Ouest avec un bilan de 31 victoires pour 9 défaites ), Tony Parker et Manu Ginobili ne jouent plus que 45 minutes à eux deux par rencontre, pour 19 points, 4,6 rebonds et 7,3 passes de moyenne cumulés ( moins d’un cinquième de la contribution de l’équipe pour les points, d’un neuvième pour les rebonds, et d’un tiers pour les passes ). Un problème logique mais qui pouvait être anticipé.

Et qui fut anticipé à merveille à Alamo City. Le GM, R.C. Buford, l’un des plus respectés et des plus influents de la NBA, a commencé à modeler les Spurs nouvelle version il y a déjà plusieurs années. Il a donné les clés du camion à Kawhi, en lui offrant un contrat de 90 millions de dollars sur 5 ans. Il a fait venir Lamarcus Aldridge de l’Oregon puis Pau Gasol de l’Illinois. Il a découvert l’étonnant Jonathan Simmons. Et a drafté de parfaits compléments à un roster talentueux. Et même si sa tentative d’attirer Kevin Durant l’été dernier fut un échec, la nouvelle équipe en place a de l’allure.

En plus d’un recrutement intelligent, San Antonio peut se vanter d’avoir une réputation d’équipe gagnante, performante, ce qui attire les free agents chaque intersaison. Une réputation qui pourrait être importante dans l’optique d’engager un très bon headcoach lorsque le quatuor s’en sera allé.

En parlant de la frontline, du staff, il serait impossible de ne pas évoquer le plus charismatique membre du Big Four. J’ai nommé Greg Popovich. Mystérieux, tacticien, parfois agaçant, le futur coach de Team USA est tout simplement le meilleur entraineur en activité de la Grande Ligue. 1612 matchs de saison régulière passés sur le banc. Pour 1120 victoires. Des joueurs mythiques qui se sont développés sous son aile. Que ce soit pour se moquer de la campagne présidentielle américaine, rendre hommage à l’inoubliable Craig Sager, ou répondre ( très rapidement ) aux interviews télévisés, Pop’ garde la classe, l’élégance et la prestance qui le caractérisent. Il sera sans doutes le dernier des quatre à quitter les terrains. Mais il ne se voit pas rester indéfiniment sur les parquets.

Mais alors quand Manu, Tony et coach Popovich arrêteront-ils ? Personne ne le sait encore. Mais Ginobili, qui a hésité à mettre un terme à sa carrière à l’intersaison risque bien de vivre sa dernière épopée en 2017. Tony Parker rêve lui de jouer jusqu’en 2020, pour imiter Kobe Bryant et sa longévité hors du commun, comme il l’expliquait en octobre 2015 à Yahoo Sports : « Les Spurs savent que je veux jouer jusqu’à 38 ans. Ça ferait 20 saisons pour moi. C’est mon but. (…) Ensuite, je serais prêt à prendre ma retraite. » Il est très peu probable que Popovich reste headcoach de la franchise texane plus longtemps. Kawhi Leonard aurait alors 29 ans. LaMarcus Aldridge 35. Alors que le jeune espoir Dejounte Murray en aurait 24. De l’eau aura coulé sous les ponts. Kawhi aura peut-être été auréolé d’un titre de MVP. Coach Pop’ aura, espérons-le, aligné plus de trois mots à la télé. Tim Duncan aura décroché un sourire. Manu Ginobili aura perdu le peu de cheveux qu’il lui reste. Et Tony Parker sera entraineur de l’ASVEL.

 

Avec l’intelligence du staff, et une flopée de jeunes joueurs talentueux, l’avenir s’annonce aussi radieux que le passé pour la franchise de San Antonio. Et malgré le départ d’un Big Four qui restera dans les livres d’histoire, rien ne devrait empêcher les Spurs de retoucher au Graal de la NBA dans les années à venir. Rien ? Sauf peut-être une invasion de chauves-souris dans l’AT&T Center.

" Je veux jouer jusqu’à 38 ans. (...) Ensuite, je serai prêt à prendre ma retraite. "

Tony PARKER

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